LES HOMÉOPATHES SONT-ILS LES SEULS VRAIS MÉDECINS ?

par Pierre Lance (N° 140 - janvier-février 2001)

 

Que les homéopathes abonnés à notre revue (et qui sont de plus en plus nombreux) n'aillent pas voir dans ce titre une quelconque démagogie à leur intention. Ce n'est pas le genre de la maison.

Inversement, que nos abonnés allopathes, quoique moins nombreux en absolu (et beaucoup moins encore en proportion du corps médical), n'y voient pas une mise en doute abrupte de la branche qu'ils ont choisie. D'ailleurs, s'ils lisent notre revue, c'est qu'ils ont déjà pris leurs distances avec le conformisme professionnel qui les entoure, et qu'ils connaissent aussi bien que nous les lacunes de la médecine chimique, qu'ils s'efforcent de combler autant qu'ils le peuvent.

Au reste, en tous domaines, c'est à l'intérieur d'une catégorie que l'on doit trouver ses plus sévères contempteurs, faute de quoi aucune réforme ne serait jamais possible. Cela est vrai des professions comme des nations. Il appartient aux médecins de critiquer la médecine comme il appartient aux Français de critiquer la France. Tout homme de bien critique d'abord ses pairs, ses proches et son milieu.

(Et, soit dit en passant, la tendance à occulter les fautes ou les erreurs de ses collègues ou à couvrir celles de ses subordonnés, qui sévit notamment dans l'Armée, l'Eglise ou l'Etat, est une corruption de l'esprit et du coeur qui, sous prétexte de «défendre l'honneur» du corps auquel on appartient, n'aboutit qu'à ajouter aux déshonneurs individuels un impardonnable déshonneur collectif qui trahit toute justice et paralyse toute évolution).

En ce qui concerne le corps médical, si nous observons la généralité des homéopathes et des allopathes, force est de reconnaître que l'on trouvera beaucoup plus fréquemment chez les premiers que chez les seconds une ouverture d'esprit apte à toutes les tentatives thérapeutiques.

Rappelons que «homéopathe» signifie qui soigne par les semblables et «allopathe» qui soigne par les différents (ou les contraires).

Ces définitions indiquent déjà par elles-mêmes que l'homéopathe cherche avant tout à nourrir et à stimuler le terrain organique et le système immunitaire par des apports affinitaires au terrain (les «semblables»), tandis que l'allopathe cherche d'abord une attaque de l'agent pathogène par des apports adversaires à l'envahisseur (les «contraires»).

Bien entendu, les deux méthodes peuvent être efficaces, selon les cas et surtout selon la compétence et l'expérience du praticien. Mais la logique porte à considérer que le bon médecin n'est pas celui qui s'enferme dans sa méthode («Hors de ma voie, pas de salut !»), mais plutôt celui qui va envisager toutes les stratégies possibles et ne pas hésiter à passer de l'une à l'autre en fonction du tempérament (très important) et des réactions du malade ainsi que des résultats obtenus ou non lors des premières tentatives.

Si l'on veut transposer dans le domaine militaire, on peut dire (très approximativement) qu'en cas de conflit, le général «homéopathe» va tenter de susciter des «commandos de patriotes résistants» bien implantés dans la population (au risque de laisser dans un premier temps l'avantage à l'agresseur), tandis que le général «allopathe» va plutôt jeter à profusion bombes et obus sur l'ennemi (au risque de détruire ses propres villes et de massacrer des civils).

Mais où l'affaire se complique en médecine, c'est qu'il peut très bien ne pas y avoir d'agresseur, mais uniquement un dérèglement organique ou des carences internes. Ou encore, et plus exactement, on peut considérer que les agresseurs potentiels (bactéries pathogènes, virus, etc...) sont toujours présents, comme des pillards aux aguets prêts à profiter du moindre relâchement, mais qu'ils demeurent impuissants ou contenus tant que la vitalité est optimum. Or, si cette vision est juste, on voit immédiatement que privilégier la qualité du terrain est la démarche la plus logique, à condition, bien sûr, qu'il ne soit pas trop tard et que les défenses naturelles ne soient pas délabrées au point que le temps manque pour les remettre en état.

Dans cette optique, on est amené à penser que l'homéopathe et l'allopathe peuvent être complémentaires, et pourraient même cohabiter dans un individu, qui choisirait telle ou telle stratégie selon le cas considéré. Mais cette hypothèse «synthétiste» se heurte à un obstacle de taille : les deux disciplines se sont tellement dressées l'une contre l'autre qu'elles semblent souvent irréconciliables.

La faute première incombe, me semble-t-il, aux allopathes, qui, déformés par l'enseignement très lacunaire et très appauvri qu'ils ont reçu (il n'est que de constater l'indigence des études médicales dans les domaines de la nutrition et de la psychologie, pour ne citer que ceux-là) affectent généralement de mépriser l'homéopathie et de la considérer comme une aimable farce à base d'effet placebo et de poudre de perlimpinpin.

Or, quiconque a un peu étudié la science d'Hahnemann ne peut qu'avoir été frappé par la profonde cohérence biologique de l'homéopathie et, même si le phénomène des «dilutions» répétitives reste encore très mystérieux dans ses effets, ceux-ci n'en sont pas moins indiscutables. Quant à l'effet placebo, outre qu'il a toujours sa part, et parfois importante, dans n'importe quelle thérapie, on ne saurait l'invoquer sans se couvrir de ridicule à propos des nombreuses guérisons d'animaux obtenues par l'homéopathie vétérinaire.

Malheureusement, il existe en France une disposition d'esprit prétendue «cartésienne», mais en réalité tout simplement idiote, qui consiste à refuser la preuve par les faits si la théorie ne les explique pas. Elle a fait perdre à notre pays un nombre considérable d'inventions géniales qui furent redécouvertes ou exploitées à l'étranger, étant rejetées chez nous parce que leurs effets patents n'étaient pas explicables par les principes.

De leur côté, les homéopathes, constatant souvent les dégâts causés sur des patients par des médicaments chimiques ou des antibiotiques prescrits en dépit du bon sens, inclinent en général à prendre les allopathes pour des apprentis-sorciers qui «mitraillent» à l'aveuglette le corps humain sans trop se soucier de son fragile équilibre.

Mais il est toujours injuste et téméraire de juger une méthode sur ses plus mauvais praticiens. En outre, à la décharge des allopathes, il faut noter qu'ils exercent sous la pression insidieuse et constante des laboratoires industriels, dont les «visiteurs médicaux» sont habiles à chanter les louanges et les performances des nouveaux médicaments, dont ils font la promotion avec autant de scrupules de véracité que n'importe quel VRP, c'est-à-dire aucun ou presque.

A quoi il faut ajouter que les patients qui attendent des miracles et des effets immédiats sont légion. Imbibés eux-mêmes d'une propagande télévisuelle omniprésente qui ne cesse de vanter «les merveilleux progrès de la médecine», ils vont chez le docteur comme autrefois on allait à confesse et attendent une ordonnance comme une absolution.

Aussi doit-on convenir que dans un climat aussi délétère, on ne saurait s'étonner que perdure entre allopathes et homéopathes une sorte de guerre civile larvée qui rend bien difficile la compréhension mutuelle et plus encore la collaboration. Chacun tend donc à s'enfermer dans sa forteresse et à n'en pas sortir. Mais l'inconvénient de telles attitudes est qu'elles conduisent à ignorer ou à négliger toutes les autres thérapies, qui sont nombreuses et dont certaines sont très efficaces pour tel ou tel type de malade.

Or, il faut bien admettre que l'homéopathe est en général beaucoup moins exclusif que l'allopathe. Certes, il existe des homéopathes qui ne jurent que par la méthode d'Hahnemann et s'y cantonnent absolument, mais ils sont bien moins nombreux dans leur catégorie que les allopathes exclusifs dans la leur. Et ce pour la bonne raison que l'homéopathe étant d'abord un médecin du terrain, il est amené à prendre en considération tout ce qui peut fortifier le terrain biologique de son patient. Or, en dehors de l'allopathie, toutes les autres thérapies sont des médecines de terrain.

C'est pourquoi, très souvent, l'homéopathe n'hésitera pas à compléter ou consolider son traitement, après avoir acquis les connaissances nécessaires, par la phytothérapie, l'aromathérapie, l'oligothérapie, la vitaminothérapie, etc... sans oublier la nutrithérapie chère au Professeur Michel Massol, de l'Université de Toulouse, et qui jouera certainement un rôle considérable dans la médecine de demain.

En conséquence, et c'est ce qui justifie le titre de cet article, si l'on admet qu'un «vrai médecin» est celui qui s'attache primordialement :

1) à écouter et à connaître son patient en tant qu'individu unique et incomparable,

2) à rechercher tous les moyens de fortifier l'organisme et la vitalité de son patient, y compris par des conseils judicieux d'hygiène de vie,

3) à privilégier toute thérapie efficace à long terme, quelle que soit sa théorie, de préférence à une disparition rapide des symptômes,

on est amené à conclure que, d'une façon générale, l'homéopathe est plus proche que l'allopathe du «vrai médecin».

Ce qui n'exclut pas, bien entendu, que ne se trouvent heureusement chez les allopathes des médecins pratiquant une «formation permanente» ouverte et attentive à examiner et à expérimenter des thérapies non-conformistes, surtout lorsqu'ils constatent qu'ils ne réussissent pas à guérir vraiment leurs patients par les méthodes classiques. Mais enfin ils sont rares; à l'évidence beaucoup plus rares que chez les homéopathes.

Pierre LANCE

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