LE PARDON DES HOMMES

par Sangchaud Pensa (N° 136 - mars-avril 2000)

 

Monsieur Karol Wojtyla, Evêque de Rome, a demandé très officiellement "pardon" pour les crimes nombreux et immenses commis par l'Eglise catholique au cours de son histoire. C'est du moins ce que tout le monde semble avoir entendu et compris. Comme c'est étrange : les hommes n'entendent pas ce qui est dit, mais ce qu'ils souhaitent entendre.

Or, en l'occurrence, la réalité est tout autre. Celui que les enfants et les immatures appellent "Pape" (c'est-à-dire Papa, Papy, Papet, Pope, etc...) a demandé pardon... à Dieu. Serait-ce donc à Dieu que l'Eglise aurait fait du tort ? Comment diable cela serait-il possible ? En réalité, puisque Dieu n'existe pas, Karol Wojtyla n'a demandé pardon à... personne. Telle est la désolante vérité.

Ah ! comme il eut été pourtant digne, émouvant, honnête que l'actuel représentant de l'une des plus gigantesques organisations criminelles qui aient paru sous le Soleil demande sincèrement pardon aux hommes, qu'il demande pardon aux descendants des innombrables victimes de tous les forfaits commis au cours des siècles par la marâtre de l'Occident.

Auraient-ils pardonné ? Ce n'est pas sûr, car cette contrition est bien tardive. Du moins auraient-ils sans doute apprécié le salut à la mémoire des persécutés et la révérence enfin accordée publiquement à la vérité et à la justice.

Je rappelle, à seul titre d'exemple, que des centaines de milliers de paysannes guérisseuses européennes furent brûlées vives comme "sorcières" par l'Inquisition catholique.

Pour la quasi-totalité d'entre elles, leur seul tort était de distribuer des tisanes et des onguents, et de soigner les humains avec des «remèdes de bonne fame» (et non pas de «bonne femme»), c'est-à-dire de «bonne renommée», fame étant à l'origine de notre mot fameux, qui signifie «célèbre».

Or, l'Eglise voulait déraciner ce qu'elle appelait des «superstitions» et qui étaient en réalité les recettes ancestrales de santé transmises par les traditions païennes (païen vient de pagus, «pays» et signifie simplement «paysan»).

Karol Wojtyla ne nous a pas demandé pardon à vous ou à moi, pour l'une de nos aïeules suppliciées. Non, il n'a demandé pardon qu'à son dieu imaginaire, réputé tout-puissant, infiniment juste et bon, sans penser un instant qu'il prouvait du même coup son inexistence, puisque ses zélateurs avaient torturé et massacré à tour de bras au fil des siècles sans que leur Seigneur intervienne, et pour cause. Mais demander pardon à l'humanité réelle, charnelle et souffrante, cela n'est même pas venu à l'esprit des princes de l'Eglise, preuve que tous ceux qui adorent un dieu ne peuvent que mépriser les hommes, même s'ils prétendent ou croient les aimer.

Au reste, si belle et bonne chose que soit le repentir, il ne saurait effacer le crime. Il pourrait cependant avoir le bon effet d'empêcher son retour. Et la vraie question qui se pose est celle-ci : l'Eglise d'aujourd'hui torture-t-elle encore ?

Hélas, la réponse est oui, sans le moindre doute, comme la preuve vient d'en être donnée par le Comité français d'Ethique, repaire de curés de toutes obédiences, qui a refusé une fois de plus de légitimer l'euthanasie volontaire des malades incurables en fin de vie.

Voulez-vous contempler les crimes de l'Eglise d'aujourd'hui, de l'Eglise de Karol Wojtyla et de ses complices "oecuméniques" ? Rien de plus facile, hélas ! Faites donc le tour des mouroirs d'Europe et d'Amérique, et comptez les dizaines de milliers de grabataires gémissants qui supplient qu'on leur accorde une mort digne et sereine, et que les religieux de tout acabit, en faisant obstacle de toutes leurs forces à l'adoption de lois humanitaires, maintiennent fanatiquement dans la torture. Et en attendant votre tour de souffrir mille morts, vous comprendrez pourquoi la Hollande, qui est en tête de toutes les nations pour l'athéisme est aussi la seule qui mette en place la libéralisation de l'euthanasie volontaire, c'est-à-dire du suicide assisté.

En vérité, l'Eglise n'a jamais eu et n'aura jamais qu'une seule politique : dominer pour faire souffrir et faire souffrir pour dominer. Après cela, elle peut toujours demander pardon...

Sangchaud PENSA

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