IMMIGRATION OU DÉLOCALISATIONS ?

par Jean Vigouroux (N° 137 - juin-juillet-août 2000)

 

Depuis longtemps déjà les populations des pays développés s'effraient de l'immigration constante qui fait entrer dans leurs nations historiques des millions de «personnes déplacées» difficilement assimilables et qui finissent, ainsi que leurs descendants, par déstabiliser les sociétés d'accueil. Et il faut tout l'aveuglement de gouvernants pseudo-démocrates gravement éloignés des réalités populaires pour ne pas comprendre que ce phénomène, s'il n'est pas enfin maîtrisé, sera tôt ou tard générateur de véritables guerres civiles. D'ailleurs, lorsque 50 voitures sont incendiées dans une cité dite «sensible», ne sommes-nous pas déjà dans l'émeute ?

Mais voici qu'un autre phénomène se développe depuis quelque temps, à la faveur de ce qu'il est convenu d'appeler la «mondialisation», laquelle n'est en fait que l'effacement des frontières en vue de la réalisation d'un marché libre à l'échelle planétaire.

Je trouve d'ailleurs assez curieux, n'en déplaise à José Bové et à ses amis de la Confédération paysanne, qui ont toute ma sympathie, que l'on combatte la mondialisation au nom de l'exigence de qualité des produits régionaux. Car les productions régionales de tous les pays ont une belle place à prendre dans le marché mondial. Il faut lutter, certes, contre l'industrialisation, la dénaturation et l'uniformisation excessive des produits alimentaires, mais certainement pas contre la mondialisation elle-même. Un terrain d'entente et une réglementation adéquate doivent être trouvés pour la préservation de fabrications artisanales conservant toutes leurs particularités.

Immigrer ou investir, il faut choisir !

Le marché mondial industriel a engendré le processus des «délocalisations» et certaines grandes entreprises installent des usines dans des pays peu développés, afin de bénéficier d'une main d'oeuvre locale moins coûteuse, tant en salaires qu'en charges sociales. Et voici que ceux-là même qui vitupéraient contre l'immigration se mettent à vociférer contre les délocalisations, qui en sont pourtant le parfait antidote.

Dans notre N° 18 de juin 1982, sous le titre «Les déportés de l'industrie», Pierre Lance commentait l'ouvrage d'Alfred Sauvy «Mondes en marche», dans lequel notre célèbre et regretté économiste posait la question cruciale des temps modernes: «Faut-il transporter les hommes ou les marchandises ?». Et Alfred Sauvy de conclure, en bonne logique : «Le transfert des richesses vers les hommes paraît, a priori, plus recommandable». Il énumérait ensuite les efforts à faire dans ce sens, mais avouait finalement son scepticisme : «Seulement il est à craindre que ces efforts s'avèrent finalement insuffisants. La tentation sera alors inévitable : transporter les hommes vers les richesses, ce qui signifie migrations vers les pays riches. Comment se présentera alors l'intérêt des uns et des autres ?»

A quoi Pierre Lance rétorquait : «Eh bien la réponse est très simple : il ne se présentera pas du tout. Car il y aura dans ce cas une augmentation dramatique du déracinement, de l'incompréhension mutuelle, de la criminalité «immigrée», de la xénophobie, des affrontements racistes et des émeutes.»

Dix-huit ans plus tard, nous voyons très bien ce qui est advenu. Les hommes des pays pauvres ont continué effectivement de se déplacer vers les richesses, ce qui est bien naturel. Le résultat est remarquable : ils ne sont plus chez eux et nous ne nous sentons plus chez nous.

Il n'y a pas d'autre solution !

Aussi est-il très regrettable que les conseils d'Alfred Sauvy n'aient pas été retenus. Cependant il n'est pas trop tard et la mondialisation, précisément, nous donne une chance d'inverser le cours des choses. Au lieu de freiner les délocalisations, nous devons au contraire les encourager et les développer.

Cela ne va pas sans douleurs et lorsqu'une entreprise française ferme un de ses établissements ici pour aller en ouvrir un à Taïwan ou au Chili, on conçoit que les ouvriers français qui perdent leur emploi soient enclins à protester. Il appartient alors aux pouvoirs publics, non pas du tout d'essayer d'obtenir de l'entreprise qu'elle renonce à ce tranfert, mais de l'accepter et d'amortir le choc pour les employés licenciés tout en leur procurant des formations et des possibilités de recyclage dans des productions moins susceptibles d'être exportées.

Dans cette affaire, il convient en effet de prendre de l'altitude et de se placer au niveau collectif national et international, en considérant la nécessité de maintenir ou de rétablir les grands équilibres humains, qui ont été si malmenés depuis 50 ans par la politique économique que dénonçait Alfred Sauvy, laquelle consistait à expatrier les travailleurs au lieu d'expatrier les machines.

Or, les machines ne souffrent pas d'être expatriées; les travailleurs, si ! Voyons le monde chaotique et lourd de désastres que nous avons édifié. Des millions d'hommes sur la planète doivent pour survivre, et à leur corps défendant, quitter leur famille, leur terre natale, le pays de leurs ancêtres et leur langue maternelle pour aller «envahir» (et c'est le mot qui convient même si ce n'est pas l'intention) des pays plus riches où ils feront toujours figure d'intrus et où ils seront regardés avec méfiance, sinon avec mépris. Coupés de leurs racines et de leur culture, perdus et éperdus, voués à l'assistanat, à la délinquance, à la prison ou à l'expulsion honteuse s'ils ne trouvent pas le job qu'ils espéraient, comment ces hommes pourraient-ils être heureux ? Et s'ils parviennent à s'installer durablement, comment leurs enfants, écartelés entre deux mondes, celui de leurs aïeux qu'ils ne connaissent pas et celui qui les entoure sans les accepter, pourraient-ils trouver leur équilibre et ne pas sombrer dans la rancoeur, la rapine ou la révolte ?

Certains, parmi les plus chanceux et les plus courageux, parviendront peut-être à se faire une place au soleil. Mais en regard, combien de millions d'autres seront à jamais moralement détruits ?

Quant aux citoyens des pays d'accueil, fussent-ils des plus tolérants, qui pourrait empêcher qu'ils ne soient victimes d'un permanent malaise, voyant peu à peu leur patrie de toujours, leurs villes chargées d'histoire et de culture, littéralement occupées par une foule bigarrée aux langues et aux moeurs déroutantes, parfois sympathique, certes, mais souvent peu respectueuse d'un monde qu'elle connaît mal et qu'elle imagine sans règles, parce que dans les pays de progrès et de liberté les règles sont dans les esprits plus que dans les coutumes.

Et puis, dès lors que les difficultés apparaissent et que le chômage s'installe, la situation empire à grande vitesse. Les immigrés sont évidemment les premiers à perdre leur travail et à ne savoir en retrouver. C'est alors la descente aux enfers : assistanat et oisiveté pour la première génération, drogue et délinquance pour la seconde ou la troisième. Avec pour corollaire le rejet accentué et bientôt haineux de la population de souche.

Contre ces faits incontournables, les discours des beaux esprits sur l'égalité des peuples et le respect des différences pèsent sur la conscience populaire le poids d'une plume de paon. Le racisme et la xénophobie sont des réactions détestables, c'est une affaire entendue. Mais ceux qui les condamnent hautement depuis leur appartement de Passy ou leur villa du Vésinet se gardent bien de promener leur toutou à Barbès. Et ils sont d'autant moins habilités à donner des leçons qu'ils figurent souvent parmi les promoteurs de la déportation massive de la main d'oeuvre du tiers-monde, origine de maux qu'il prétendent guérir par de belles paroles et des intentions magnanimes.

Colonialisme : le flux et le reflux

Les pays industrialisés se sont placés dans une situation devenue intenable et ont créé un véritable colonialisme à l'envers en «aspirant» dans les pays du tiers-monde, qui sont souvent leurs anciennes colonies, des masses de personnes déplacées pour venir faire tourner leurs machines. Ce processus infernal est responsable d'une détérioration dramatique des rapports entre des groupes humains d'origine et de culture différentes qui ne parviennent pas à établir entre eux la compréhension mutuelle qu'ils pourraient espérer en d'autres circonstances.

Ainsi voit-on se développer dans le monde moderne ce cruel paradoxe: des foules de touristes occidentaux parcourent la planète, appréciant à leur juste valeur les coutumes ou les artisanats de peuples exotiques qu'ils estiment volontiers, mais dont les ressortissants trouvent rarement grâce à leurs yeux lorsque, revenus dans leur pays, ils les voient dans leur rôle d'immigrés. N'y a-t-il pas là une contradiction qui révèle à quel point nous nous sommes tous égarés dans une conception erronée du devenir humain ?

Non, les hommes ne sont pas faits pour être arrachés à leur terre natale et projetés comme des robots sans âme vers de quelconques «unités de production». Ils ne s'y soumettent que par nécessité de survie, mais les larmes aux yeux et plus souvent la rage au coeur.

Des millions de Mexicains envahissent clandestinement les Etats-Unis, des millions de Turcs s'implantent en Allemagne, des millions d'Indiens, de Pakistanais ou de Chinois pénètrent en Angleterre, des millions de Maghrébins et d'Africains s'installent en France, etc... Et tandis que quelques écervelés rêvent d'une macédoine planétaire dans laquelle plus personne ne reconnaîtrait ses petits, nous sommes en train de faire bouillir dans une marmite infernale tous les ferments de la discorde, de la haine et du mépris. Que croyons-nous qu'il puisse en sortir ?

Aucune loi, aucune police n'arrêteront l'immigration !

Nous ne pouvons pas continuer dans cette voie sans préparer à nos enfants un monde invivable. Et ne nous faisons pas d'illusions sur notre capacité à contenir l'immigration clandestine par des règlements et des contrôles frontaliers dont les effets sont quasiment nuls. La tragédie survenue à Douvres le 19 juin dernier, qui a coûté la vie à 58 immigrés clandestins originaires de Chine, a fourni l'horrible preuve que la pression migratoire est si forte que des réseaux de «passeurs» parviendront à contourner toutes les barrières, quittes à faire prendre aux clandestins de terribles risques.

Ces passeurs ont été fustigés comme d'odieux trafiquants de chair humaine. C'est peut-être vrai pour une part. Mais le plus souvent, ce ne sont que des immigrés plus anciens qui, ayant réussi à s'installer, font venir leurs proches et leurs cousins pour les arracher à la misère dans laquelle ils végètent et les aider à pouvoir goûter auprès d'eux les fruits du «paradis occidental». Je ferai sans doute la même chose à leur place, et vous qui me lisez, vous le feriez aussi. C'est pourquoi il est parfaitement chimérique de s'imaginer pouvoir stopper cela à coups de lois et de contrôles qu'il sera toujours facile de contourner.

Sommes-nous donc engagés dans un processus irréversible ? Peut-être pas. La mondialisation nous offre précisément une chance à saisir. L'effacement des frontières économiques et le libéralisme qui triomphe partout donnent aujourd'hui à l'humanité les moyens inespérés de rassembler les peuples éclatés et de redonner au «chacun chez soi», source essentielle du bonheur, la possibilité de reconstituer les «niches» psychologiques et culturelles seules capables d'offrir à tous les humains l'épanouissement et la fraternité.

Pour cela il est nécessaire que les entreprises des nations développées puissent construire de multiples unités de production dans tous les pays du tiers-monde où se trouvent à la fois une main d'oeuvre abondante et une masse de futurs consommateurs. Or, c'est exactement ce qu'elles essaient de faire et les gouvernements doivent se garder de toute intervention intempestive qui entraverait ce mouvement. En revanche, il est dans le rôle de ces derniers de veiller à ce que l'environnement soit respecté, mais aussi à ce que les conditions de travail soient satisfaisantes pour tous. Un «code de bonne conduite» devra être édicté par les organisations internationales (ONU, OMS, UNESCO, FMI, etc...) afin que les disparités ne soient pas excessivement utilisées au détriment des travailleurs.

Les effets pervers de la protection sociale

Il faudra notamment veiller, d'une part, à ce que les salariés des pays peu développés aient un minimum de protection sociale, mais, d'autre part, à ce que cette même protection ne soit pas aussi coûteuse et aussi génératrice de charges qu'elle l'est actuellement dans les pays riches, faute de quoi les délocalisations s'apparenteraient à une forme de concurrence déloyale et pourraient finir par détruire notre propre tissu industriel. D'ailleurs, la dite protection sociale des pays riches, comme nous avons eu maintes fois l'occasion de l'écrire dans ces colonnes, devra elle-même être réformée de fond en comble si nous ne voulons pas qu'elle finisse par engloutir complètement notre économie.

Il est donc évident que cette inversion du flux migratoire consistant à remplacer l'immigration des hommes par l' «émigration» des usines ne peut se réaliser d'un coup de baguette magique et qu'elle exigera du temps et toutes sortes de précautions. Mais elle mérite qu'on l'entreprenne résolument et sans retard, faute de quoi nous serons à jamais privés de la paix civile et nous verrons grossir de façon exponentielle, dans tous les pays développés, la criminalité sous toutes ses formes et l'insécurité permanente. Et cela jusqu'à ce que l'exaspération des populations occidentales soit telle que celles-ci soient prêtes à se jeter dans les bras de n'importe quel matamore qui leur fera promesse de «bouter hors» tous les immigrants manu militari.

Est-ce vraiment à cette dramatique extrémité que veulent aboutir nos humanistes au grand coeur ? Ils seraient alors responsables des terribles conséquences qui pourraient en découler, car lorsque les «matamores» sont imprudemment portés au pouvoir, il est rare qu'ils se contentent de faire ce qu'on attendait d'eux. Ils ont vite fait de trouver toutes sortes de prétendus «désordres» à réprimer et mettent bientôt la liberté du peuple dans leur poche.

Investissements sans frontières

Mais imaginons plutôt ce que pourrait être l'évolution de nos sociétés si les pays développés se décidaient à investir une grande partie de leurs capitaux dans la création d'entreprises là où se trouve une abondante main d'oeuvre disponible. Les avantages d'une telle politique seraient immenses et pour tous les hommes. Tentons d'en dresser une première liste :

1 - Fabrication d'une multitude de produits à bas prix, devenant ainsi accessibles à des millions de consommateurs qui en sont encore privés.

2 - Décollage économique de nombreux pays qui sont aujourd'hui en situation de quasi-faillite et incapables de payer leurs dettes.

(Nous avons appris que la France, lors de la visite du Président Bouteflika, avait décidé de «transformer» la dette de l'Algérie en «investissements». Bien que la formule manque de clarté, je présume qu'elle s'apparente à la proposition faite ci-dessus).

3 - Diminution progressive de l'immigration vers les pays riches, proportionnelle au nombre des nouveaux emplois offerts dans les pays dits «en développement» (et qui le deviendraient alors pour de bon).

4 - Possibilité de «retour au pays» pour les travailleurs immigrés ayant acquis dans nos entreprises une formation et une expérience qui seraient l'objet d'une forte demande dans leur pays d'origine pour l'encadrement et la formation des nouveaux ouvriers.

5 - Accroissement des bénéfices pour les sociétés occidentales investissant dans le tiers-monde et développement chez nous de l'actionnariat populaire participant aux investissements et bénéficiant de l'augmentation des dividendes.

6 - Diminution puis suppression des aides actuellement distribuées par les Etats riches (c'est-à-dire par leurs contribuables) aux Etats pauvres et qui seraient avantageusement remplacées par l'enrichissement progressif de ces derniers.

Deux obstacles à surmonter

Voyons maintenant quels sont les obstacles qui peuvent se dresser devant cette politique de «désimmigration». J'en vois deux principaux, et qui sont de taille, il est vrai. Le premier dans les pays développés, le second dans les autres.

Le premier, c'est le désintéressement de notre jeunesse pour les travaux manuels, qui explique pour une large part le besoin de main d'oeuvre immigrée. Et nous devons ici battre notre coulpe. Nous fabriquons à tour de bras des «bacheliers» au rabais dont la plupart ne deviendront rien de plus que de médiocres bureaucrates. Alors que nous avons en France près de 3 millions de chômeurs ou de demandeurs d'emploi, de nombreuses professions manquent de main d'oeuvre et ne trouvent pas les travailleurs qu'elles recherchent.

Il incombe à ces professions de s'organiser pour, d'une part, être capables de former elles-mêmes le personnel dont elles ont besoin sans exigence préalable de diplôme. D'autre part, elles devront offrir des rémunérations mieux en rapport avec la pénibilité des tâches proposées et améliorer également les conditions de travail dans leurs entreprises.

Il serait d'ailleurs souhaitable que l'ensemble de la population prenne conscience des nombreux effets pervers de la «religion du diplôme» qui a complètement égaré une grande partie de notre jeunesse dans une scolarité prolongée qui, trop souvent, ne débouche pas sur de réelles possibilités d'emploi, mais qui, de surcroît, persuade trop de jeunes gens que les diplômes obtenus leur confèrent une compétence quelconque et qui les induit à mépriser des activités dites «manuelles» qui exigent pourtant des qualités et des capacités, voire des vertus, qu'aucune école n'est en mesure de dispenser.

Des accusateurs bien coupables...

Ce «snobisme» estudiantin est responsable dans une large mesure du recours excessif à une main d'oeuvre immigrée destinée à compenser la désaffection des nationaux à l'encontre de travaux insuffisamment honorés par la mentalité régnante. Et il ne manque pas de bons bourgeois qui, quoique fulminant chaque jour contre l'immigration excessive, poussent leurs propres enfants vers des études supérieures sans avoir la moindre preuve de leur capacité à les assumer, et qui se sentiraient déchoir si leurs rejetons surestimés faisaient mine de s'intéresser à des activités moins prestigieuses que celles dont rêvent pour eux ces parents présomptueux.

N'est-ce pas là un autre «boomerang invisible» comme celui qu'évoquait notre courrier des lecteurs du N° 136 dans sa réponse à M. Jacques Perrin ? Ainsi, dans la société moderne massifiante et anonymisante, dans laquelle les responsabilités individuelles sont trop souvent dissoutes dans la complexité des mouvements collectifs, il peut advenir que d'aucuns condamnent hautement certains phénomènes sans se rendre compte que ceux-ci prennent prennent naissance dans leurs propres actions.

Le Tiers-monde devra juguler sa natalité

Le second obstacle auquel se heurtera le regroupement des populations dans leur berceau naturel, c'est évidemment la natalité effrenée des pays du tiers monde. Car en supposant que les entreprises offrant des emplois puissent s'y multiplier, les nouvelles possibilités de travail demeureraient toujours insuffisantes si les peuples continuaient de proliférer sans mesure. Et si l'on peut escompter que la hausse du niveau de vie se traduise, comme il est de règle, par une baisse naturelle de la natalité, celle-ci ne pourrait se réaliser qu'à la condition que des facteurs religieux ou traditionnels ne viennent pas entraver cette évolution. C'est pourquoi il sera indispensable à l'harmonie du monde nouveau que l'emprise de toutes les religions sur les esprits diminue fortement et que celles-ci ne prétendent plus régenter les comportements avec l'insupportable fatuité dont elles ont fait preuve jusqu'ici. Les Eglises ne pourraient-elles se décider enfin à pratiquer elles-mêmes cette humilité qu'elles conseillent à tout le monde ? Et cesser de croire qu'elles possèdent la science infuse et la sagesse par «révélation divine», alors qu'elles se sont toutes avérées totalement incapables d'orienter l'humanité vers l'harmonie et la fraternité ?

Certains des nouveaux lecteurs qui découvrent cette revue sont parfois enclins à croire que nous pratiquons un anticléricalisme désuet, par préjugé rationaliste. Quelle erreur ! Outre que nous fustigeons fréquemment les excès d'un rationalisme à courte vue, la condamnation des religions qui est l'un des axes philosophiques de notre journal prend sa source dans une vision prospective de l'avenir humain et la conviction profonde que le monde ne trouvera pas son équilibre et sombrera dans le chaos si les hommes ne sont pas capables de se libérer des dogmatiques religieuses (de même que des idéologies politiques) qui sont de véritables «camisoles spirituelles» et les rendent aveugles devant les réalités psychologiques des hommes et des peuples de ce temps.

Jean VIGOUROUX

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