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LE 20e ANNIVERSAIRE DE "L'ERE NOUVELLE" (AN 2000)

Le 10 décembre 1980 était publié à Paris le N° 1 de «L'Ere nouvelle» et avec lui commençait une aventure qui n'a pas fini d'étonner les augures.

Ses protagonistes, qui travaillaient d'arrache-pied depuis deux mois à la préparation de ce «brûlôt», n'auraient certainement jamais oser prédire qu'il atteindrait sa vingtième année d'existence.

Pour commencer, ils étaient trois :

Paul Ménard, alors PDG de la société bretonne «Procédés Roland Pigeon», qui souhaitait un organe de presse pouvant aider à la diffusion dans le monde agricole des techniques de complémentation en sels minéraux associés des sols et de la nourriture du cheptel, techniques mises au point par l'agronome québécois Roland Pigeon. Il ne s'agissait rien moins que de soutenir une véritable «révolution agricole», capable d'apporter aux terres appauvries par l'agriculture intensive et l'abus des engrais phosphatés la capacité de retrouver leur équilibre et de reconstituer leurs réserves en oligo-éléments, pour l'obtention de produits nutritionnels de forte vitalité pouvant apporter aux humains de bonnes sources de santé.

Pierre Lance, écrivain polémiste et pamphlétaire qui, depuis quinze ans déjà à l'époque, s'efforçait de jeter les bases philosophiques d'une civilisation nouvelle capable de réconcilier l'homme avec la nature et surtout avec sa propre nature. Il avait cessé depuis peu la publication de ses deux revues «L'Hespéride» et «Engadine» et, tout en maintenant le contact avec ses lecteurs par une confidentielle «Lettre de Pierre Lance», rêvait d'un magazine iconoclaste capable de secouer les somnolences françaises par une remise en question radicale de toutes les idéologies dominantes de droite ou de gauche et par une critique acérée de l'étatisme-collectivisme qui dévoyait et corrompait, selon lui, toutes les énergies et les vertus de nos concitoyens.

Jean Brasier, enfin, écrivain mémorialiste et subtil observateur des péripéties de ce XXe siècle dont il avait parcouru la plus grande partie l'oeil aux aguets et la plume à la main, quêtant dans le sillage des turpitudes humaines les rares signes d'espoir d'une future fraternité universelle. Ayant collaboré à plusieurs périodiques, dont «Citoyen du Monde», il avait quitté depuis peu la rédaction de «Hara-Kiri» où Jean Cavanna, appréciant son humour caustique, l'avait accueilli quelque temps, mais où sa distinction naturelle s'accommodait mal des vulgarités provocantes dont ce journal faisait sa spécialité. Il espérait trouver une tribune où il aurait loisir d'exprimer en toute liberté sa vision particulière des «choses de la vie» et où il pourrait, en toute fausse modestie, participer quelque peu à l'accouchement d'une société plus respectueuse des individus et plus attentive à ce que chacun puisse développer ce qu'il avait en lui de meilleur. (Jean Brasier est décédé le 23 février 2003)

A travers ses trois fondateurs se profilait déjà pour notre revue la synthèse d'une triple ambition qui est restée la nôtre : santé des corps par une agriculture raisonnée et une nature respectée, santé des esprits par une culture libérée des idéocraties, de leurs dogmes et de leurs tabous, santé des âmes par une recherche constante de l'épanouissement individuel dans l'autonomie de chacun et le respect mutuel.

Nos trois compères, assistés de quelques collaborateurs, avaient donc réuni leurs efforts pour diffuser dans tous les kiosques du territoire national les premiers fruits de leurs cogitations intempestives, espérant trouver, malgré une absence dramatique de moyens publicitaires, suffisamment de lecteurs pour «tenir la mer» et traverser les tempêtes que leurs propos téméraires ne manqueraient pas de soulever.

Tiré à 50.000 exemplaires, notre N° 1 fut englouti dans le tonnage monstrueux de papier imprimé que les N.M.P.P. (Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne) distribuent aux quatre coins de France. Et nous attendîmes...

Ce ne fut pas un triomphe. Ce ne fut pas un échec. Mais dans le tohu-bohu de la société nombriliste, personne ne prit la peine de saluer l'entrée en scène de ce bébé braillard et turbulent. Personne ? Pas exactement. Et nous devons rendre justice à M. Patrick Poivre d'Arvor, alors présentateur du journal télévisé de ce qui s'appelait encore «Antenne 2», qui fut le seul dans les grands médias à montrer aux regards des téléspectateurs la couverture de «L'Ere nouvelle N°1».

Un an plus tard, nous dûmes abandonner la vente en kiosque, trop dispendieuse en invendus imprimés et transportés pour rien, et nous replier sur la vente par abonnements, espérant que le «carré des fidèles» nous permettrait de franchir les quarantièmes rugissants qui guettent les frêles esquifs de la presse indépendante ayant l'audace de s'élancer au large. Cet espoir ne fut pas déçu, et, contre vents et marées, nous sommes toujours là, grâce aux lecteurs persévérants qui nous accompagnent depuis vingt années ou à ceux plus récents qui, remontant le cours du temps, ont acquis nos collections jusqu'à ce N°1 «historique» dont nous n'avons plus que quelques exemplaires.

En vingt ans, certes, le monde a bien changé. Mais ses défauts et ses égarements, hélas, sont restés les mêmes ou se sont aggravés. Il n'est, pour s'en rendre compte, que de relire les articles de nos premiers numéros. Pour la plupart, ils semblent parus d'hier. Sans doute, des prises de conscience ont eu lieu, bien parcellaires; des voies se sont ouvertes, bien étroites; des réformes ont été tentées, bien timides.

On peut néanmoins énumérer quelques satisfecits : Le mot «nationalisation» a disparu de notre vocabulaire. Le monopole étatique de la radio-télévision a coulé par le fond. L'empire soviétique s'est effondré sur lui-même. L'Europe, tant bien que mal, essaie de se construire. L'agriculture biologique n'est plus considérée comme une folie douce... Quoi d'autre ?

Il y a encore beaucoup de pain sur la planche pour ceux qui espèrent un monde plus sain, plus propre, plus libre et plus fraternel. Après qu'on se soit tant évertué à vouloir faire l'homme pour la société, le siècle qui s'ouvre verra-t-il enfin qu'on se préoccupe de faire la société pour l'homme ?

Ces vingt années écoulées ont marqué la fin d'un siècle, d'un millénaire et d'une époque. Notre revue en a enregistré tous les soupirs et les hoquets. Pierre Lance a regroupé un certain nombre de ses éditoriaux et articles de fond dans un ouvrage récemment paru sous le titre «Agonie d'un millénaire». Merci à ceux qui voudront encore nous accompagner dans l'aurore de celui qui commence...

L'ERE NOUVELLE

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